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Sous le soleil blanc du silence...

Nouveau roman en préparation...

 

oran.JPGOran, 5 juillet 1962.

 Et… nous y fûmes heureux. Tellement heureux. Alors, quand les orages de l’indépendance ne viendront plus nous frapper, où irons-nous monsieur de Gaulle ? Vers quelle patrie ? Quel horizon ? Quelle destinée ?

     Qui pourrait croire pareille histoire, hormis ceux qui l’ont vécue ? Hormis ceux qui ont été monstrueusement trahi par celui qui était pourtant le garant de leur sécurité ? Alors serait-ce le récit d’un parjure ? Très certainement. Un parjure, monsieur de Gaulle, est un faux serment, une promesse fallacieuse bercée de traîtrise ; et c’est exactement ce que vous avez fait envers vos concitoyens. Nous qui sommes nés et qui étions si passionnément attachés à notre terre. L’Algérie.

     Une histoire que nul ne peut comprendre, hormis ceux qui l’ont si douloureusement et dramatiquement vécue.

 

Premier chapitre, première page, première douleur...

 

     Président_de_Cazalet_07a.pngComme sortie du temps, la masse blanche et lourde du bateau rompait les flots amers de la Méditerranée, dans le silence étouffant d’une nuit qui, me semblait-il, ne pourrait jamais cesser.

Depuis le départ de ma terre natale, mon cœur semblait ne plus battre, comme s’il était resté amarré dans le port de mon enfance, sur cette terre d’Oran qui resterait à jamais ma seule et unique patrie. Un si beau et si doux pays qui n’était plus aujourd’hui qu’un immense cimetière perdu dans le nuage de cendres de mes souvenirs.

Toute la nuit, nous avons senti l’écume de la mer battre les flancs du navire qui nous emportait vers une contrée lointaine et inconnue. Combien de fois lors de cette traversée des regrets ai-je alors pensé à mon grand-père Francisco, qui, lui-même quarante-cinq ans plus tôt avait quitté sa terre d’Espagne avec femme et enfants, accablé de misère, mais avec l’espoir d’offrir à sa famille le rêve d’un avenir meilleur.

63.jpgToute la nuit j’ai prié pour que son idéal ne reste pas vain. Qu’allions-nous devenir, nous, français d’Algérie ? Quel destin serait le nôtre ? Comment serions-nous accueillis sur la terre de France ? Mais avant tout et surtout, comment réapprendre à vivre et surmonter la détresse de ces heures tragiques ? emportés comme nous le fûmes dans ce cataclysme émotionnel de l’exode forcé, blessés à mort par huit années d’une guerre atroce, trahis et abandonnés, rompus de souffrances et de tristesse, anéantis de douleur.

Tragique départ sans retour que personne n’avait osé imaginer. Toute la nuit j’ai prié. Mais toute la nuit, ce ne fut pas assez encore, tant cette infamie me nouait le cœur.

Lorsque le jour s’est enfin levé dans la teinte bleue et argentée des flots frangés d’écume, tout me parut irréel, comme un mauvais rêve qui allait s’évanouir dans les brumes. Durant cette longue nuit, j’ai souvent pensé que nous avions fait demi-tour. Mais non, ce n’était qu’un rêve. Tout me revint en mémoire, brutalement. Je compris que Santa-Cruz était bien loin, et sur la colline qui se dessinait droit devant nous dans l’horizon blafard d’un crépuscule d’été, c’était Notre-Dame de Marseille qui nous attendait.

« Dans quelques minutes, j’allais fouler pour la première fois de ma vie la terre de France, ce pays qui malgré son cruel abandon restait pourtant notre seule et unique patrie. »  

Alors, dans un ultime sursaut d’espoir, je me suis tournée une dernière fois et j’ai regardé derrière moi, cherchant dans l’horizon perdu de notre passé un quelconque signe du destin, peut-être l’écho improbable et enfin apaisé que m’adressaient tous nos ancêtres, tous nos martyrs demeurés pour toujours là-bas, sur cette terre et dans la poussière de ce qui fut notre belle Algérie française. En dépit de ces heures douloureuses, je me découvrais, aussi étonnant que cela puisse paraître, animée d’une certitude farouche que notre peuple se devait de continuer à vivre.

75207847b.jpg    

Pourtant, mon cœur à jamais ne battra que pour toi, Oran la magnifique, où Notre-Dame de Santa Cruz veille du haut de sa colline, surplombant la baie, le port, Eckmühl, jusqu’à la rue d’Adana, dans le quartier de mon enfance

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