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  • Annie Girardot, Grandissima

    Il est 00h30, l'émission télévisée consacrée à Annie Girardot « Ainsi va la vie » vient de se terminer... au prix d'une émotion intense et déchirante...

    L'émission s'achève sur les images de son ultime tournage, en date du 7 février 2007. Il se trouve que je sais très exactement où j'étais et ce que je faisais ce jour-là, car voilà ce que j'écrivais sur mon blog ce 7 février 2007 :

    Mercredi 7 février 2007, 20h30, mon troisième roman « À côté de vivre » est bouclé. Il comporte 7 chapitres. Merci le chiffre 7 !

    PREMIÈRE COÏNCIDENCE TROUBLANTE, PARMI BIEN D'AUTRES, COMME VOUS ALLEZ POUVOIR LE CONSTATER...

    Car il faut que vous sachiez que pour moi Annie GIRARDOT est le symbole de mon rêve le plus fou : adapter pour le Cinéma ou la Télévision mon roman « Au bord des cendres »... dont les premières scènes racontent l'histoire d'une vieille femme internée dans une maison psychiatrique depuis plus de 50 ans... une femme qui a perdu la tête et ses souvenirs. Elle cache sa véritable identité pour échapper aux allemands, car elle est rescapée de faits de guerre datant de juin 1944. C'est son petit-fils qui la retrouve dans cet hôpital, alors que tout le monde la tenait pour morte. Grâce à son attention pour elle, à sa dévotion, il va l'aider à retrouver ses souvenirs, et elle va alors lui raconter sa vie. Là démarre réellement le roman qui raconte ensuite ce qui va la conduire à perdre la raison et se retrouver à l'asile ou presque.

    Le plus fou dans tout ça, c'est que j'ai écrit ce rôle de Valentine pour Annie Girardot de 1986 à 1995, bien avant que n'apparaissent les premiers symptômes de sa maladie.

    Autre fait troublant pour moi, pour ne pas dire bouleversant , Giulia Salvatori, la fille d'Annie Girardot, est venue au JT de 20h00 sur France 2 le 3 octobre 2007 pour témoigner de la maladie de sa mère, et elle a raconté, je cite ses mots : « ma mère en est au point où elle a peur que les allemands viennent la chercher ».
    Cette phrase m’a bouleversé car en janvier 2005 j’avais envoyé à Annie Girardot, par l’intermédiaire de son agence Artmédia, un exemplaire d'« Au bord des cendres ». Et dans mon roman, Valentine, recluse dans sa chambre d'hôpital, malade et folle, ne parle pas, ne parle plus depuis 50 ans... SAUF, sauf pour dire : « ces salauds ne me trouveront pas », la seule et unique phrase que ses souvenirs l'autorisent à murmurer.

    Bien évidemment, quand j'ai vu ce témoignage de la fille d'Annie Girardot, j'ai cru voir à s’y méprendre le comportement de mon personnage, Valentine. Comme si la grande Annie avait lu mon livre, et interprétait sans s’en rendre compte ce personnage bouleversant.
    Je n’ai jamais su si le livre était parvenu jusqu’à elle, et si elle l’avait lu.

    J’ai tant rêvé pouvoir lui offrir ce rôle, qu'aujourd'hui en voyant ce temps qui s’écoule inéluctablement je prends de plein fouet cette crainte évidente de ne pas en avoir le temps.

    Je ne sais pas qui toucher et comment mener ce projet à bien, ce rêve fou, mais tellement évident pour moi de voir cette immense actrice jouer là son plus beau et son ultime rôle.

    J'IGNORE SI QUELQU'UN PEUT M'AIDER, J'IGNORE S'IL EST ENCORE TEMPS... MAIS RESTER À ATTENDRE INDÉFINIMENT, JE CROIS QU'IL VA VENIR UN JOUR TRÈS PROCHE Où JE NE LE POURRAI PLUS...

    MON ROMAN EST FAIT POUR LA TÉLÉ, AVEC A. GIRARDOT DANS LE RÔLE DE VALENTINE, J'EN SUIS CONVAINCU... MAIS QUI ALERTER ? QUI TOUCHER ?

    VOICI UN EXTRAIT DU ROMAN QUI ILLUSTRE CE QUI VIENT DE PRÉCÉDER (C'est le passage où Vincent, le petit-fils, entre pour la première fois dans la chambre de celle qui pourrait être sa grand-mère et qui se cache sous une autre identité ; elle dit s'appeler Pauline Feccetti et non Valentine Croizer-Mory) :

    -    Bonjour Pauline. Je m'appelle Vincent.
    Comme je m'y attendais, elle ne dit rien. Elle me regarde, en silence. Elle n'a pas encore dit « Ces salauds nous trouveront pas ».
    -    Pauline ? Vous m'entendez ?
    Toujours le silence.
    J'approche une chaise, et je m'assieds face à elle. Les secondes et les minutes passent dans un silence interminable. Elle ne parlera certes jamais, mais moi je ne peux me résigner à me taire.
    -    Est-ce que vous connaissez quelqu'un qui s'appelle Valentine Croizer ? dis-je en l'observant attentivement.
    Elle a de très grands yeux verts. Elle ne me regarde plus, elle me dévisage, elle m'étudie, elle me désarme et me dérègle l'esprit. Elle a de très grands yeux verts, froids et pénétrants. Ses pupilles se dilatent et se rétractent, se dilatent puis se rétractent à nouveau, je ne les quitte pas des yeux. Ce regard est indescriptible. Je ne sais pas à quoi elle réfléchit, ou si même elle réfléchit. Son visage est figé. Aucune expression ne l'anime, ni gravité, ni gaieté.
    Seuls ses yeux.
    -    Je cherche Valentine Croizer... Ou Valentine Mory...
    Une question me brûle évidemment les lèvres depuis que je suis entré dans cette chambre ; et cette question, bien que sachant maintenant qu'elle n'y répondra pas, il m'est inconcevable de la garder pour moi. Elle doit l'entendre. Ne serait-ce que l'entendre... Et elle m'échappe aussitôt :
    -    Est-ce que c'est vous ?
    Le silence est plus que jamais présent et lourd. Seuls ses yeux m'obsèdent comme s'ils pouvaient m'abattre, sans pourtant me vider de tout espoir. Certes, dans l'attente de ce moment unique, j'avais si souvent rêvé qu'elle allait me reconnaître et se jeter dans mes bras, que ce serait mentir si je vous disais que je ne suis pas déçu. Je comprends tout à coup que ma tâche sera longue et difficile, et qu'il me faudra revenir et poser sans cesse cette question pour qu'un jour enfin elle me réponde par l'affirmative. Aujourd'hui, je ne peux plus rien dire, je n'ai plus rien à dire, et je suis si fatigué de tous ces voyages que je décide de rentrer à l'hôtel pour me détendre et réfléchir.
    Je me lève et je vais ranger la chaise où je l'avais prise. Puis, sans me retourner je sors de la chambre. Soudain, alors que je n'ai pas fait deux pas dans le couloir, un choc suivi d'un éclat de verre ébranle la porte que je viens de fermer. Je reviens alors sur mes pas, et tournant légèrement la poignée, je me décide à passer prudemment la tête à l'intérieur. Par terre, un verre se trouve en mille morceaux.
    -    Entrez Monsieur, me dit Pauline d'une voix fluette et inattendue.
    En une fraction de seconde, me voilà complètement abasourdi. Quelque chose d'extraordinaire vient de se produire : Pauline Feccetti, la patiente de la chambre 218 vient de parler. Aussi, c'est avec toute obéissance que je referme délicatement derrière moi.
    -    Restez près de la porte, me dit-elle comme pour garder une distance entre nous. Et que personne n'entre.
    J'obéis sans poser de questions.
    -    Qui êtes-vous ? me demande-t-elle avec dans sa voix une pointe de méfiance.
    Je lui réponds que je m'appelle Vincent Croizer, et son visage soupçonneux pâlit tout à coup.
    -    Je suis à la recherche de Valentine Croizer, dis-je dans la foulée.
    Son regard change et devient... Comment dire… ? Plus docile à mesure qu'elle m'examine.
    -    Que lui voulez-vous ?
    -    C'est ma grand-mère, je voudrais la retrouver.
    Elle ne dit rien, mais elle ne cesse de m'observer. Attentivement. Profondément. Dans ses yeux inquiets, je vois maintenant que c'est elle. Elle ne veut pas me le dire, mais je suis sûr que c'est elle, sinon elle m'aurait laissé partir.
    -    Je suis persuadé que c'est vous, dis-je en espérant la déstabiliser.
    Elle se borne à répondre que je me trompe, qu'elle s'appelle Pauline Feccetti. J'insiste encore une fois, mais elle coupe net la discussion :
    -    Je ne suis pas cette personne ! dit-elle durement. Vous entendez ? Je ne suis pas cette personne !
    Les yeux voilés de larmes, elle fixe le vide, devant elle.
    -    Si vous n'êtes pas Valentine Croizer, pourquoi ne m'avoir pas laissé partir ?
    -    Sortez maintenant... S'il vous plaît, sortez, soupire-t-elle à bout de force.
    « Je ne peux pas me tromper », me dis-je intérieurement, à l'instant où quelqu'un dans mon dos tente vigoureusement d'ouvrir.
    Libérant la poignée que je maintenais bloquée, la porte s'ouvre d'un coup et le Docteur Bataille fait son entrée.
    -    Ah vous êtes là ? Je n'arrivais pas à ouvrir...
    -    Oui, moi aussi... dis-je machinalement.
    -    Alors ? Comment cela se passe-t-il ? demande-t-elle en entrant dans la chambre.
    Je n'ai pas le temps de répondre qu'elle remarque les bris de verre qui jonchent le sol.
    -    Mais ? Que s'est-il passé ici ? s'écrie-t-elle en se tournant vers moi. Tout va bien Monsieur Croizer ?
    -    Oui oui, ce n'est rien, c'est de ma faute, inventé-je aussitôt en commençant à rassembler du pied les morceaux...
    -    Laissez cela, vous allez vous couper. Je vais faire appeler quelqu'un pour nettoyer... Alors Pauline ? Vous êtes contente d'avoir de la visite ? s'exclame la psychiatre en s'approchant d'elle.
    Imperturbable, les yeux rivés dans le vide, d'où ne coule plus une seule larme, les mains sèches et jointes, Pauline lui répond : « Ces salauds nous trouveront pas ».

    ANNIE GIRARDOT, CE RÔLE EST POUR VOUS, C'EST INCONCEVABLE AUTREMENT.

    JEF BOUYGUES, le  22 septembre 2008, 1h45